Massive, impressionnante et riche de sens, la sculpture de bronze, recouverte d'une patine noire, représente un canot occupé par des personnages fantastiques, mi-humains, mi-animaux, qui sont issus des croyances spirituelles haïdas.
Le monument de cinq tonnes a été installé en 1991 à l'ambassade du Canada à Washington. En raison de sa taille imposante, il a fallu le hisser au moyen d'une grue, puis le descendre par un exutoire de fumée jusqu'à un bassin. L'oeuvre est si impressionnante qu'un prototype en plâtre est exposé bien en vue au Musée canadien des civilisations à Hull, au Québec, et qu'une réplique a été commandée pour la nouvelle aérogare de l'aéroport international de Vancouver.
Un chef-d'oeuvre canadien
L'idée de L'Esprit de Haida Gwaii a germé en 1985 lorsque l'architecte vancouvérois Arthur Erickson demanda à Bill Reid de créer une sculpture pour la cour de l'ambassade du Canada à Washington. L'artiste suggéra un canot rempli de voyageurs qui constituerait un pont symbolique entre les cultures.
Sans compter les clandestins, l'embarcation bondée transporte 13 passagers, dont des humains, des ours, des rongeurs, un loup et un amphibien. Un examen plus poussé révèle toutefois que chaque personnage possède des traits humains et animaux.
Oeuvre la plus grande et la plus complexe réalisée par Reid, L'Esprit de Haida Gwaii a été coulée en bronze, puis recouverte d'une patine noire. À partir de la première petite maquette en argile, il a fallu cinq ans pour produire la version définitive, qui pèse 4900 kg et mesure six mètres de long et trois mètres et demi de haut. Le travail a été accompli dans l'atelier de Reid, à Vancouver, et dans une fonderie de Beacon, dans l'État de New York. Le projet a été exécuté en plusieurs étapes, au cours desquelles furent réalisés une maquette en plâtre, un prototype grandeur nature, un moule en plâtre intégral et un moule creux. Vinrent ensuite des mois de soudure, de sculpture et de retouches. La surface de l'oeuvre a été enduite de cirage commercial pour la protéger contre l'injure des ans.
Haida Gwaii : le lieu
Haida Gwaii, ou «îles du peuple», est en fait la forme abrégée d'une expression haïda qui signifie «îles à la limite du monde» et qui fait allusion à un archipel mieux connu des Canadiens sous le nom d'îles de la Reine-Charlotte. Celles-ci doivent leur appellation au capitaine George Dickson, qui les baptisa ainsi en 1787 du nom de son navire marchand britannique, le Queen Charlotte. Cependant, les Haïda habitaient ces îles bien avant l'arrivée de l'homme de mer. Si l'on se fie aux documents archéologiques et à la mémoire culturelle, les Haïdas auraient fait des îles leur résidence il y a quelque 8000 ans.
L'art de se tailler une place
William Ronald Reid naît le 12 janvier 1920 à Victoria, en Colombie-Britannique, d'une mère haïda et d'un père naturalisé canadien. Il s'initie très tôt à la vie artistique. Ainsi, il fréquente une école privée dirigée par Alice Carr, dont la soeur Emily est la célèbre peintre. Par ailleurs, l'oncle de son grand-père, Charles Edenshaw, est connu comme le grand maître de la sculpture haïda sur argilite, roche sédimentaire que l'on retrouve dans les îles de la Reine-Charlotte.
Après avoir été annonceur radiophonique au réseau anglais de la Société Radio-Canada pendant 10 ans, Reid étudie les techniques de sculpture haïda au Musée royal de l'Ontario, à Toronto. Les Haïdas se distinguent par leurs riches et belles traditions artistiques, telles que les mâts totémiques géants qu'ils alignent devant leurs maisons de bois rectangulaires. Reid est fasciné par l'histoire, les légendes et le patrimoine artistique, et ces découvertes transforment sa vie. Il est maintenant connu dans le monde entier comme étant l'un des plus grands sculpteurs contemporains.
Au cours de sa carrière artistique, Reid pratique la bijouterie, la sérigraphie, la fabrication de canots et de mâts totémiques, les techniques européennes, l'illustration, ainsi que la sculpture du bronze et d'autres matériaux. Son oeuvre s'inspire du patrimoine haïda. On pense généralement que la puissance et la grâce de ses créations ont beaucoup contribué à la renaissance des arts autochtones de la côte du Nord-Ouest, qui auraient pu autrement sombrer dans l'oubli. Selon l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, nous sommes redevables à Bill Reid, artiste incomparable, d'avoir entretenu et ravivé une flamme qui était si près de s'éteindre.
Reid a reçu des diplômes honorifiques de cinq universités canadiennes ainsi que divers prix récompensant son excellence artistique. Des gens de nombreuses disciplines l'ont étudié et en ont fait l'éloge.
Musée canadien des civilisations
Ambassade du Canada - Washington
Citzine (français)
National film Board of Canada
Canada Vignettes: Bill Reid
Native American Authors Project
Bill Reid and the Skidegate Totem
Douglas Reynolds Gallery
First Nations Art
Royal British Columbia Museum
Native Online
Barry McWilliams
In Memoriam: Bill Reid