Érablière Lachaine - Le temps des sucres, moi j'y goûte!


(La Gatineau - Maniwaki, Vendredi 5 Avril 2002)

Une cabane à sucre haut de gamme en Haute-Gatineau?


Par Rodrigue Lafrenière

MANIWAKI - Pour qu'une région demeure compétitive en tous points, il demeure obligatoire qu'elle compare systématiquement ses produits, ses services, ses établissements avec ceux de ses voisins. C'est un principe fondamental de la loi du marché.

En fait, comment s'améliorer si on n'établit pas sur des critères rigoureux la valeur continue de ses produits par rapport à ceux de ses compétiteurs locaux et régionaux? Si on ne se remet jamais en question en se fiant sur la fidélité des consommateurs? Si on surfe nonchalamment sur la vague d'une réputation surfaite?

On connaît des gens d'affaires qui ont vécu des problèmes sérieux à partir du moment où ils ont « oublié » de remettre en question les produits qu'ils offraient au public. Le résultat? Des compétiteurs ont vite offert plus et mieux. Ils ont « prit le terrain ».

De façon spécifique, la saison des sucres permettrait de se poser des questions sur le produit acéricole qu'offre la région à ses gens, à ses touristes et visiteurs. Comment se porte notre produit acéricole local? De façon plus précise, comment se porte le produit offert dans une cabane à sucre commerciale d'ici? Pour le savoir, il est de mise de visiter d'autres établissements semblables, à l'extérieur de la région. Avec des intentions positives, constructives, dans le but de savoir ce qu'il faut développer pour faire face à une compétition farouche qui s'installe peu à peu en ce domaine.

En d'autres mots, visiter des cabanes à sucre de l'extérieur aiderait à connaître les points forts et faibles de cette industrie d'ici. Des visites permettraient de se repositionner sur ce marché saisonnier pour offrir, au besoin, un produit plus prisé, un produit qui résisterait à la compétition qui a, jusqu'à ce jour, fait mourir au moins trois cabanes à sucre de la Haute-Gatineau.

On s'entend déjà pousser de hauts cris d'indignation à la suite de cette suggestion de visiter des commerces semblables ailleurs! Quel crime de lésemajesté que de suggérer de procéder à un tel examen de la situation! « I dit au monde d'aller en dewors », entendra-t-on! Ces vieux préjugés du « dewors » doivent disparaître. Car si, dans la liste des péchés mortels anciens, on retrouve les visites extraconjugales... on ne retrouve pas les visites hors région immédiate pour y découvrir des péchés de gourmandise qui font accourir les autres aux cabanes à sucre.

Ce goût de la comparaison a conduit dernièrement, un observateur, un petit groupe de la Haute-Gatineau vers une cabane à sucre de Kiamika, située tout près de Mont-Laurier. Une question s'est immédiatement posée à la suite de cette visite comparative de cabanes à sucre. Avons-nous ici, en Haute-Gatineau, une cabane à sucre haut de gamme qui pourrait se positionner pour faire face à la concurrence? Pour offrir un meilleur produit aux consommateurs? Pour offrir un produit de prestige? Vous y répondrez vous-mêmes à la suite de cet écrit.

Imaginons une situation. La Haute-Gatineau est située à peu de kilomètres de la région populeuse de Gatineau-Ottawa: un bassin de quelques millions de personnes. Vous avez à conduire un groupe de touristes européens désireux de voir autre chose que des cabanes à sucre habituelles, car ils en ont déjà vues. Où amèneriez-vous ces gens?

Là où vous vous les dirigeriez, ces touristes fortunés, les feriez-vous descendre sur un terrain exempt de boue aux environs de la cabane à sucre? Tout en conservant le caractère d'une cabane à sucre, y découvriraient-ils une organisation bien fonctionnelle qui permet de voir bouillir l'eau d'érable à l'intérieur dans des immenses « bouilleuses » de « stainless »? Y verraient-ils d'agréables décorations de Pâques, par exemple, qui coiffent une propreté impeccable, dans une salle qui ressemble aussi à une salle à dîner surmontée du dôme de la « bouilleuse ». Oui? Tant mieux pour la région!

À votre entrée dans l'établissement, avec ces touristes qui risquent de vous référer des groupes, vous soulignerait-on, au comptoir d'accueil, que vous pouvez demeurer à l'intérieur de la salle, de 11 h à 16 h, pour le dîner et de 17 h jusqu'à la fermeture, pour le souper? Un chansonnier vous égayerait-il durant quelques heures? (Le groupe y a d'ailleurs trouvé un artiste de Maniwaki, Michel Lafond.) Vous inviterait-on, avec vos amis ou votre famille, à danser, chanter, taper des mains, manifester votre plaisir d'être si bien accueillis? Oui? Tant mieux pour la région!

Une table de 5 personnes, par exemple, recevrait-elle, là où vous dirigeriez votre groupe, une entrée de 3 grands plats « d'oreilles de crisse » ? Des plats qui se remplissent toujours et qui se mangent à peu près comme des frites? Couvrirait-on la table de ces invités de plats divers au point de ne plus savoir où les placer, ces plats de mets traditionnels du temps des sucres? Mangeriez-vous dans de la « vraie vaisselle », comme dans un « vrai restaurant » ? Vous offrirait-on de la vraie laitue et non pas de la salade de chou, à cause du prix exorbitant de la laitue en temps d'hiver? Les aliments seraient de la première qualité? Oui? Tant mieux pour ce produit régional!

Et le dessert ne serait pas encore sur la table que vous seriez rassasiés, et ce serait dommage, car pour le dessert, apporterait-on, à ces touristes déjà gagnés par la qualité, 5 ou 6 sortes de gourmandises, accompagnés de la « pinte » de crème 35%. Ajouterait-on pour chacun, comme pour mieux les gaver, une taille impressionnante de crème glacée molle?

Ensuite, ensuite, placerait-on sur votre table même, des contenants de neige couverte de la tire traditionnelle? De la tire que l'on vous sert à satiété? De la tire dont vous êtes absolument certains de la propreté, puisque vous êtes les seuls à puiser dans ces bacs de neige? Quand on desservirait la table sous vos yeux, auriez-vous la certitude que vous n'avez pas mangé les restes des tables précédents puisque tous les restes de plats et d'assiettes sont jetés sous vos yeux dans la poubelle. Aucune crainte de manipulations malveillantes d'aliments, aucune crainte d'offrir à votre groupe des aliments réchauffés en provenance de restes précédents? Oui? Tant mieux pour la région!

Le petit groupe de la Haute-Gatineau a vu, la semaine dernière, une telle cabane à sucre haut de gamme, à Kiamika. On y offrait le tout pour quelques dollars à peine de plus que dans des cabanes à sucre habituelles. De fait, avez-vous répondu par l'affirmative aux questions ci-haut posées? Oui? Alors nous avons en Haute-Gatineau une cabane à sucre capable de faire face à la concurrence. Avez-vous répondu par la négative? Oui? Alors, ce non reste préjudiciable à la région... car la concurrence extérieure aura toutes les chances de s'installer.

Érablière Lachaine - @ 2005 - 2009