Au sujet du pardon.


La chose la plus difficile que j'ai réalisé dans ma vie fut d'admettre que j'ai fait du tort à d'autres personnes et de leur demander pardon. J'ai dû surmonter ma peur d'être puni, d'être poursuivi en justice et de perdre tous mes amis. Rien n'est plus jamais pareille quand nous faisons du tort à nos amis. J'ai quand même demandé ce pardon et je me sens beaucoup mieux depuis. J'ai fait la paix avec les personnes que j'avais trahies, et ma vie est maintenant beaucoup plus sereine. Je ne suis plus hanté par la peur de ce qui pourrait se produire si quelqu'un découvrait mon passé et il m'est beaucoup plus facile d'éviter de faire les mêmes erreurs à l'avenir. Je me suis aussi pardonné pour les erreurs que j'ai commises et pris les mesures nécessaires afin de m'assurer qu'elles ne se reproduisent plus à l'avenir. Je n'ai vraiment pas envie de revivre de telles situations.

J'ai dû pardonner mon père pour avoir tenté de me tuer alors que j'étais enfant et pour toutes les autres violences qu'il a fait subir à notre famille. Quand j'ai découvert ce qui s'était passé pendant une session de thérapie de régression, je ne l'ai pas cru. L'élément central de cette régression était une peau d'ours sur le plancher du salon. J'étais nu et je jouais avec la peau d'ours sur le plancher. J'aimais beaucoup la sensation que me donnait la fourrure douce contre ma peau. Quand je me suis levé, j'ai uriné sur la peau dans un geste de mépris. Quand mon père m'a aperçu, il fut pris de rage et m'assena un coup de pied qui me fit voler contre le mur du salon. Je subis des fractures au crâne, à la hanche gauche et aux côtes et une dislocation de l'épaule gauche. Mon père me saisit, m'emmena sur la table dans la cuisine pour me mettre une couche. Alors j'ai recommencé à uriner dans son visage. Il devint si furieux, qu'il décida de me tuer. Il monta dans sa chambre à coucher, y prit un oreiller, redescendit dans la cuisine et étouffa le peu de vie qui restait dans mon corps meurtri. Mon âme quitta mon corps et se rendit jusqu'à l'Être de Lumière qui me fit sentir que je devais retourner dans mon corps parce qu'il m'avait donné une tâche à accomplir.

Malgré le fait que j'avais des cicatrices qui prouvaient que ce que j'avais vu dans ma régression était vrai, je ne croyais toujours pas que mon père avait fait une chose si terrible. J'ai alors demandé à ma sœur aînée si nous avions une peau d'ours dans le salon quand j'étais petit, elle me répondit : "oui". Je refusais toujours d'y croire. À l'occasion du souper célébrant le quatre-vingtième anniversaire de naissance de mon père, j'étais assis à sa droite et ma sœur aînée à sa gauche. Je demandai alors à mon père si nous avions une peau d'ours dans le salon alors que j'étais petit, il me répondit : "non nous n'avons jamais eu de peau d'ours dans le salon." Ma sœur répliqua : " Nous en avons eu une pendant au moins quatre ans." Quand mon père entendit cette réplique, il quitta la table et s'enferma dans sa chambre. C'est à ce moment que j'ai réalisé que ce que j'avais vu en thérapie était vrai. Deux heures plus tard, je me suis rendu dans sa chambre pour lui offrir le pardon pour toutes les violences que nous avions subies, malheureusement, il refusa d'admettre qu'il avait commis des erreurs. Il mourut six mois plus tard.

Je voulais toujours lui offrir le pardon afin de me libérer de mon passé. Environ un an plus tard, j'ai rencontré une Sage Amérindienne qui me proposa de participer à la cérémonie de la Tente de Sudation. Elle m'autorisa d'y inviter l'âme de mon père décédé et de lui offrir le pardon encore une fois. C'était la première fois que je participais à une cérémonie Amérindienne. Pendant la cérémonie, il y eut un cercle de parole, Quand ce fut mon tour de prendre la parole, j'ai invité l'âme de mon père à se joindre à nous pour lui offrir le pardon. Je lui ai dit : " Papa, je te pardonne parce que je suis devenu violent à cause de la violence que j'ai vécu au sien de notre famille. Pour que tu sois aussi violent avec ta propre famille tu as dû subir beaucoup de violence quand tu étais enfant. Ta propre enfance à dû être un véritable enfer."

Environ un an plus tard, je participais à une marche pour la non-violence aux États-Unis. Chaque soir, nous avions des rencontres et nous échangions des informations pour aider les gens à prévenir la violence. Un soir, une dame d'environ trente ans me donna un ourson en peluche et me dit : " Garde cet ourson en peluche, je te dirai plus tard pourquoi je te l'ai donné." Il y avait beaucoup d'enfants à ces rencontres et l'ourson fut vite donné à l'un d'eux. Environ une semaine plus tard, j'ai reçu une lettre de la part de cette dame qui me fut livrée en main propre par sa sœur. Dans cette lettre, elle me déclara qu'elle avait eu un rêve et que, dans ce rêve, j'étais debout dans une salle et je parlais à des personnes. Derrière moi, il y avait un vieillard qui tenait un ourson en peluche dans ses mains et qui voulait me le donner, mais il avait peur de m'approcher. Il se glissa derrière moi, le déposa près de mes pieds et partit sens me dire un mot. J'ai reconnu dans cette description, l'âme de mon père, mais je me demandais pourquoi il avait donné ce rêve à une personne que je n'avais jamais rencontré auparavant. Environ une semaine plus tard, la dame qui m'avait donné l'ourson en peluche est revenue me voir en compagnie de son époux et de leur garçon de quatre ans. Ce dernier était hyperactif. Pendant notre conversation qui dura deux bonnes heures, ils me confièrent qu'ils avaient des problèmes. Alors, j'ai partagé ma démarche de guérison et leur ai donné les outils dont ils avaient besoin pour régler leurs problèmes. C'est alors que j'ai réalisé que mon père, non seulement avait accepté le pardon que je lui avais offert, mais qu'il avait guidé cette famille vers moi afin de les aider à surmonter leurs difficultés. Je fus profondément ému.



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